portait-henri-bertinHenri Bertin-Maghit est né à Marseille en 1896, il est mobilisé le 5 avril 1915. Les documents militaires mentionnent une taille de 1 m 72, visage rond et front moyen, une robuste constitution et a un niveau certificat d’études supérieures. Il est inscrit comme préparateur chimiste.

Henri va suivre une formation d'officier, avant d'être affecté au 41ème RI en mai 1916, puis ne le quittera plus jusqu'en 1919. Il a pris part aux pires combats du régiment ces années-là, Verdun, Les Monts de Champagne, Flirey, Les Eparges, les offensives allemandes de 1918 devant Amiens puis Soissons.

Il sera blessé trois fois et aura deux citation. Passionné de photographie, il a ramené des clichés de 1916, 1917, et de Strasbourg et d'Allemagne après l'armistice. Ceux de 1918 ont été perdus avec son paquetage lors de sa blessure de mai 1918.

Après les massacres de 1914, il faut former des cadres d’urgence. Incorporé au 112eme régiment d’infanterie de Toulon, il va suivre la formation de Saint-Cyr dès l’été 1915.

ecole de st cyr

Photos et livret militaire signalent plusieurs changements d’unité : 141eme, 48eme puis 111eme RI, avec des séjours à Génicourt sous Condé dans la Meuse pendant l’hiver.

 

1916

 

 

Le dernier des régiments d’affectation, le 111eme a été pratiquement détruit pendant le début de la bataille de Verdun en mars, et il y arrive alors qu’il est reformé. Mais sa dissolution est décidée, et c’est avec son affectation au 41eme régiment d’infanterie de Rennes, qu’il monte au front. C’est à Four de Paris, en Argonne le 20 mai. Il a vingt ans depuis huit jours.

four de paris

Le régiment a souffert sur le front de l’Argonne. Le JMO fait état au moment où Henri le rejoint de pertes impressionnantes, majorées par les maladies.

exercice de lancement de grenades

 

 

Verdun

La bataille de Verdun débute par l’offensive allemande sur le bois des Caures le 21 février 1916. L’avance allemande est maximale le 12 juillet, et on considère qu’elle s’achève le 24 octobre 1916 par la reprise du fort de Douaumont par les français.

Les premiers jours de l’offensive de février, puis les journées du 21 juin au 12 juillet où, après la prise du fort de Vaux, les allemands cherchent entre le village de Fleury et le fort de Souville à forcer la victoire.

cantonnement 1ere cie du 41eme RI

Le 21 juin, soixante-dix mille soldats allemands, troupes bavaroises et alpines d’élite commandées par le Kronprinz, attaquent sur la ligne Thiaumont-Fleury-Vaux. Les troupes françaises sont sous les ordres de Mangin, Nivelle et Pétain, et ceux-ci ont beaucoup de mal à obtenir des renforts auprès de Joffre qui privilégie l’offensive imminente de La Somme. Pétain réclame nommément la 131eme division, dont fait partie le 41eme d’infanterie.

De Possesse, le 41eme sera embarqué en auto camions pour être débarqué, le 24 juin 1916, à Nixeville, d’où il gagnera les casernes Bevaux et y passera la nuit.

Ce trajet correspond à celui de la voie sacrée.

Le lendemain 25 juin, départ à 13 heures, pour le Cabaret-Rouge, et à 20 heures, pour le secteur de Fleury, entre Souville et Froideterre. La marche d’approche dure toute la nuit.

Devant Verdun, sur les hauteurs de la rive droite de la Meuse, la situation des troupes françaises est critique. Le fort de Vaux, assiégé, vient de capituler. Les troupes allemandes tiennent les hauteurs. Les forts de Froideterre et de Souville sont les deux derniers ouvrages fortifiés tenus par les français avant la ville.

Le village de Fleury, détruit, est occupé par les allemands. Mangin ordonne offensives sur offensives sans relâche pour le reprendre.

Le front du régiment passe devant les ruines de Fleury, et s’étend par le ravin et le bois des vignes jusqu’à l’ouvrage de Froideterre, en contrebas du fort de Douaumont qui est occupé par les allemands depuis les premiers jours de l’offensive de février. Depuis, malgré des pertes atroces des deux côtés, les premières lignes n’ont que peu bougé, jusqu’à la violente offensive allemande de juin. C’est le moment et le lieu de l’avancée extrême des allemands durant toute la bataille. Le 26 juin, le régiment se positionne pour l’attaque prévue le lendemain.

C’est le 2eme bataillon qui doit mener le premier assaut, à quatre heures trente dans la nuit. En juin, l’aube pointe à ce moment. Une heure avant le signal il commence à pleuvoir, et les jambes des soldats trop chargés s’enfoncent dans la boue des trous d’obus. Ils portent leur équipement, alourdi par les grenades distribuées en vue du combat au corps à corps qui gonflent les sacs supplémentaires portés au côté. Il n’y a que des ébauches de boyaux de tranchées sans continuité. Le 1er bataillon, celui d’Henri, est devant Fleury, avec une autre unité de la même division d’infanterie. Les troupes françaises doivent avancer à découvert. Les allemands sont retranchés dans les ruines du village, notamment dans les caves, d’où leurs tirs seront dévastateurs pour les assaillants. La brève préparation d’artillerie a été inefficace.

L’assaut initial est un échec. Les mitrailleuses allemandes font subir de graves pertes au 2eme bataillon. Le commandant Du GROS de BOISSEGUIN y est tué. Dans les ruines des maisons de Fleury, qui après la guerre reste un des villages détruits de la zone rouge du champ de bataille, le 1er bataillon ne peut pas progresser.

A 8 heures, l’attaque est interrompue, pour permettre un bombardement d’artillerie. Une nouvelle tentative à 14 heures 10 échoue à nouveau dans le village, puis des contre-attaques allemandes sont contenues. Le régiment perd ce jour là plus de quatre cent cinquante hommes, tués, blessés et disparus. Jusqu’à la relève, il s’accroche à conserver les gains de terrain minimes qui ont été obtenus.

Son épouse racontera à son petit-fils Marc Bertin-Maghit les souvenirs de son mari :

« à Verdun, Henri était jeune aspirant. Il est monté avec sa compagnie de plus de cent vingt hommes. Ils sont restés dix jours sous le bombardement sans voir un allemand. Au retour, il n’étaient que quelque dizaines, il restait le seul officier ».

un groupe de poilus du 41eme RI

 

en descendant de Verdun

Tous les récits de ce mois de juin à Verdun parlent de la chaleur, et de la soif terrible des soldats. Il porte néanmoins une épaisse capote. La canne témoigne de son rang d’officier.

Dans son dossier personnel, seul un feuillet porte trace d’une bonne conduite devant Verdun, sans autre précision.

Du 6 au 20 juillet, le régiment est au repos à Pragny-sur-Saulx. Henri prend des photos le jour du quatorze juillet. Quelques hommes se sont travestis.

les artistes de la 1ere cie du 41eme RI

En date du 24 juillet, apparaît pour la première fois le nom du sous-lieutenant Henri Bertin-Maghit dans le texte du JMO du régiment. Tout au long ce récit, qui raconte au jour le jour le parcours de la troupe au cours des quatre années de la guerre, l’encadrement est régulièrement précisé. Les affectations évoluent, et surtout les pertes sont fréquentes parmi les officiers. Henri est le dernier cité des officiers de la première compagnie du premier bataillon. L’intitulé du régiment est modifié, d’infanterie il est devenu d’occupation, car il est affecté à une partie fixe du front.

Au sein du régiment, Henri reste à la première compagnie durant l’essentiel de la guerre. Tous les récits des combattants de l’époque témoignent des liens de camaraderie très forts qui unissent les hommes d’une même unité.

 

Flirey

Le régiment va donc occuper une position fixe, à Flirey, en Lorraine, pour le restant de l’année 1916.

C’est un petit village sur la route de Pont-à-Mousson à Commercy, quinze kilomètres à l’ouest de Bois le Prêtre. Le front y reste stable pendant l’essentiel de la guerre, et le bourg, entièrement détruit, est aujourd’hui reconstruit 1 km plus loin à l’angle de deux routes.

C’est durant les mois d’août et de septembre qu’Henri prend la grande majorité de ses clichés de guerre, annotés de sa main, ce qui permet aujourd’hui de retrouver le décor précis de ces journées dans les ruines du village détruit, et la campagne alentour. Le relief est doucement vallonné. Aujourd’hui des champs de blé recouvrent les anciennes premières lignes, au nord du village jusqu’au bois de Morte Mare.

un boyau dans une rue de Flirey

La cagna des officiers est au pied de l’église, déjà fortement bombardée. Le clocher ruiné tient encore par fragments. Aujourd’hui le reste de la nef porte la trace des éclats d’obus.

officiers de la 1ere cie du 41eme RI

 

cloche de lglise de Flirey

 

glise de Flirey

 

glise de Flirey lintrieur

 

les entonnoirs en 1ere ligne

Le front est considéré comme calme, l’historique du 41eme RI parle même « de presque du repos après Verdun ». Il est sous-lieutenant, nommé à titre provisoire le 23 juillet 1916.

salle a manger des officiers de la 1ere cie du 41eme RI

Henri emmène son appareil photo jusque dans les tranchées de premières lignes.

un PP à 40m des Boches

 

nos crapouilloteurs

 

Minens Boches non clats

Sur ce front fixe, c’est la guerre des mines, placées sous les tranchées françaises, par des souterrains creusés depuis les lignes allemandes. Dans les lignes fixes, les soldats entendent les bruits de terrassement en profondeur. La seule parade envisagée est de creuser des contre galeries, mais malgré l’angoisse et l’absurde, il n’est pas question d’évacuer les tranchées menacées.

Le 1er août, cinq mines explosent, et détruisent les postes avancés de la 6eme compagnie.

Dans l’album d’Henri, plusieurs clichés datés d’août 1916 montrent ces explosions. Il est à proximité, mais ce n’est pas sa compagnie qui tient le secteur touché.

explosion dun minen Boche dans nos lignes

Le viaduc de chemin de fer, en partie détruit, photographié par Henri en septembre, a aujourd’hui disparu. Sur les cartes de l’époque il passe à l’ouest du village, dans le secteur dévolu à la première compagnie lors qu’elle est en première ligne d’après le JMO.

le viaduc du Meusien

C’est dans les tranchées de Flirey que Henri est blessé pour la première fois le 30 septembre d’après son bulletin d’admission à l’hôpital. C’est un obus, appelé en allemand minenwerfer, qui est en cause. La blessure est grave, avec des lésions multiples par éclats au cuir chevelu, au bras droit, à la cuisse et au mollet droits.

Dans le JMO du 41eme RI, c’est à la date du 1er octobre, journée très calme, que sont signalés quelques « coups malheureux » responsables de trois morts et trois blessés dont le lieutenant de la première compagnie.

Il est évacué, hospitalisé à Toul puis Neufchâteau pour les mois d’octobre et novembre, puis un congé d’un mois lui permet d’aller à Marseille pour les fêtes de fin d'année.

a lhopital

 

 

A suivre...