Année 1917

En janvier, il rejoint le régiment. Le camp de Bois-l’Evêque est à Beaumont près de Flirey.

Camp de bois Levêque

 

Le Mont-Haut

 

Le 4 avril le régiment quitte la Lorraine pour effectuer des travaux de seconde ligne dans la montagne de Reims. L’offensive Nivelle du chemin des Dames, qui débute le 17 avril à l’ouest de Reims dans l’Aisne, est un sanglant échec qui ouvre la période des mutineries.

Le 41eme RI ne participe pas à l’attaque initiale, qui se déroule au pied du plateau de Craonne, mais à l’offensive de Champagne, dans la secteur des Monts (Mont-Cornillet, Mont-Haut, le Casque, le Téton), à l’est de Reims à partir du 20 avril. Le 41eme RI fait partie de la 131eme division d’infanterie de la 4eme armée du Général Anthoine. Cette opération est maintenue par l’état major, alors que le désastre du Chemin des Dames est déjà patent dès le premier jour de l’offensive, et que la crise politique et militaire va entraîner le limogeage de Nivelle et son remplacement par Pétain.

Le 20 avril, le régiment, parti de Condé-sur-Marne au sud-est de Reims, entame à Baconnes prés du site actuel du camp de Mourmelon, une longue marche d’approche dans la plaine qui le conduit à la nuit au Mont-Haut.

Le Mont-Haut, déjà objet de durs combats en 1915, est tenu par les allemands, qui l’ont fortifié avec des ouvrages bétonnés et des tunnels.

Dés son installation, le 41eme RI est attaqué. Le colonel Mézières, commandant le régiment est tué, ainsi que plusieurs officiers dont le lieutenant Louis Brémond, qui est enterré au sommet du Mont-Haut.

Du 22 au 30 avril les soldats restent sous le bombardement, le ravitaillement n’arrive que la nuit, au milieu des trous d’obus creusés dans le calcaire du terrain.

Le 30 avril à 12 heures 40, l’ensemble du corps d’armée des monts de Champagne attaque. Cette offensive, qui a été différée de quelques heures, est citée dans les carnets de Louis Barthas, dont l’unité est devant l’assommoir du Mont-Cornillet voisin.

C’est encore un échec, Ils sont arrêtés net par les mitrailleuses ennemies que l’artillerie n’a pas détruites.

Henri joue un rôle spécifique dans cette attaque. Auparavant, il se fait photographier.

Mont-Haut - avant l'attaque

L’offensive du 30 avril vise à prendre le contrôle de l’ensemble des sommets des monts de Champagne. Ces crêtes dominent des pentes raides vers le sud, et constituent des points d’observations précieux pour les allemands. L’opération de la division Brulard, si elle n’avait pas abouti complètement au Mont-Haut, assurait l’usage des observatoires du Casque, de la crête, du Tunnel et du petit Mont-Haut, et donnait 600 prisonniers dont 15 officiers, appartenant à quatre des meilleurs régiments allemands : 64eme, 18eme grenadiers, 396eme, et enfin 24eme brandebourgeois que le kaiser avait tenté de rendre célèbre par la prise de Douaumont.

Le JMO témoigne de la planification précise de cette attaque. L’objectif général est la contre pente nord du Mont-Haut, qui descend elle en pente douce, Le allemands ont fortifié plusieurs lignes de défense en profondeur, et des tunnels servent d’abris à l’infanterie pendant les bombardements d’artillerie préliminaires.

Le groupe de soldats commandé par le sous-lieutenant Bertin-Maghit est chargé de l’assaut de la batterie 0258.

Récit de sa sœur, à Manosque en 1979 : ''Avant l’attaque, on leur a servi la gnole dans leur quarts. Il a dit à son groupe qu’il n’allait pas se présenter ivre devant son créateur, et a renversé l’alcool. Tous ses hommes l’ont imité''.

Dans l'historique du 41eme RI : ''Le lieutenant Bertin-Maghit, avec un détachement spécial, enlève un ouvrage allemand qu’il nettoie et où il fait plusieurs prisonniers''.

L’attaque de l’ensemble du régiment est entravée par l’artillerie française, dont les obus tombent sur ses propres soldats. Des demandes répétées d’allonger le tir des canons de 75 restent sans effet. Les rafales des mitrailleuses allemandes, à partir des pentes latérales des collines voisines, fauchent des dizaines de soldats. Le détachement d’Henri se rend maître de son objectif, mais isolés, ils sont exposés et doivent se replier devant une contre attaque.

Henri se blesse pendant l’assaut de cette batterie d’artillerie fortifiée, en sautant dans une tranchée, et est évacué à l’hôpital de Bar-le-Duc avec une entorse tibio-tarsienne. C’est pendant cette hospitalisation qu’il est cité pour l’action de son groupe à l’ordre de la division.

extrait JMO

 

citation à lordre de la 131eme DI

Il est soigné, à l’arrière jusqu’au 7 juin, alors que le régiment relevé le 3 mai participe aux mutineries le 2 juin à Louppy-le-Petit. Des cris de révolte de la troupe ''On ne marche plus ! Trois divisions sont en révolte ! Vive la révolution ! L’artillerie nous tire dans le dos !'' entraînent huit conseils de guerre, qui prononcent des peines légères.

Le Mont-Haut aujourd’hui est terrain militaire dépendant du camp de Moronvilliers, occupé pour partie par le centre de recherches atomiques de l’armée. L’endroit est sinistre. La voie d’accès depuis Reims passe devant le fort de la Pompelle, puis devant un monument commémoratif des offensives de 1917, qui représente un crâne coiffé d’un casque Adrian. Au sommet du mont, les arbres masquent le paysage calcaire des vieilles photos. Les traces des anciennes tranchées, des trous d’obus, et des restes de barbelés sont bien visibles.

Au cours d’une permission, après son hospitalisation, il séjourne de nouveau à Marseille. Le 6 juin, il est en route pour le front. Il écrit de Paris à sa fiancée qu’il vient de quitter. L’écriture est inhabituellement irrégulière, il est bousculé, ou perturbé. Malgré ce qu’il vient de vivre à Verdun puis en Champagne, Paris l’insupporte. Il dit avoir hâte de retrouver ses compagnons.

carte à sa fiancée

Il est hors de propos de chercher à placer l’attitude d’Henri dans une de ces logiques exclusives. Dans les récits, les photos et leurs légendes manuscrites, les textes des cartes postales écrites de sa main, il n’y a que des indices. Pas de trace de révolte ou de rejet, aucun enthousiasme ou même intérêt marqué pour le conflit pris dans son ensemble non plus. Ce que l’on retrouve par contre en fil rouge, c’est l’attachement à la famille de Marseille, les cartes régulières à sa fiancée et sa sœur, les bons vœux adressés aux autres au pays. Il y a aussi la foi religieuse, marquée par le choix des cartes échangées avec les amis du groupe protestant au début du conflit, et le souhait d’aller au temple à Strasbourg après l’armistice. Vis-à-vis de l’armée, on perçoit la camaraderie avec les officiers de grade équivalent, et le respect des morts, dont il photographie parfois les tombes.

officier du 41eme

 

Tombe d'Albert Chabains

Ce qu’il faut bien constater, c’est que dans toutes les légendes, et les textes, il n’est jamais question des allemands, ou des prussiens, mais toujours des boches. Dans les souvenirs de Jean, même plusieurs années après la guerre, son père en parle encore dans les mêmes termes. L’ennemi est détesté, responsable de la guerre, et doit être combattu.

 

Les Eparges, Verdun, les Côtes de Meuse

 

Eté 1917, après sa convalescence, le régiment est affecté dans le secteur des Eparges, où est prise la dernière photo de guerre de l’album.

Les Eparges - 1eres lignes

Il y reste jusqu’à début septembre. Puis le régiment est de nouveau engagé à Verdun durant la première quinzaine d’octobre à la côte du Poivre, puis à la côte 344 où est repoussée une attaque allemande qui conquiert à proximité la tranchée de Trèves.

En novembre, l’unité est transférée en camion-autos sur les Hauts-de-Meuse. Les états de service d’Henri signalent son séjour à Eix-Châtillon dans le secteur qui domine la plaine de la Woëvre, pays de bois humides et brumeux. Le régiment y reste en ligne jusqu’au printemps suivant.